20. Entretien – Après Fukushima, catastrophe nucléaire majeure…

Monsieur Yoshida Michio, Université de Kumamoto – JANSI, Tokyo.

Fukushima est une catastrophe nucléaire majeure. De nombreuses dissimulations et autant de mensonges ont ralenti voire empêché les Japonais de prendre la juste mesure de la situation, avant que des éléments de vérité ne permettent à l’opinion publique de franchir le point de non-retour de la colère sociale. Le Japon, pays pourtant réputé – à tort ? – dépolitisé, s’est réveillé : manifestations, mobilisations sociales, opérations coup de poing, pamphlets, critiques, cris, colère… L’opposition parfois violente au nucléaire a réveillé la combativité de tout un peuple. Résultat : en quelques semaines, un gouvernement est tombé, de puissants leaders ont été limogés, et l’ensemble du parc nucléaire – 54 réacteurs – a été mis à l’arrêt pour une durée indéterminée. Les conséquences ont été radicales, tant au niveau économique que politique ou social : le pays a perdu du jour au lendemain environ 30 % de son énergie électrique ; la gauche, malgré sa victoire historique en 2009 après 50 ans de domination de la droite, a été écartée du pouvoir – sans doute pour longtemps ; des modes de vie alternatifs sont apparus un peu partout dans l’archipel – comme le courant de la slow life ; des mouvements migratoires sont progressivement apparus entre le nord et le sud, officiellement pour des raisons familiales ou professionnelles – officieusement pour fuir le nuage radioactif puis les risques plus diffus de contamination. Retour sur le scénario difficile d’une catastrophe inévitable.

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19. Entretien – Le Japon : des robots et des hommes

Ken Tomiyama, enseignant-chercheur – Future Robotics Technology Center, Institut Technologique de Chiba.

Le Japon est un pays de robots. On en trouve absolument partout : dans les mangas, dans les animés, dans les clips vidéo de la J-pop, dans les films, dans les rues, les halls d’accueil des hôtels, des restaurants, des gares, des banques, et même tenant la réplique dans certaines pièces de théâtre ou présentant le journal télévisé. Leurs apparences sont toutes aussi variées que leurs usages : des humanoïdes, des robots animaux, des designs futuristes, des grands, des petits, voire des formats minuscules… Il y en a pour tous les goûts. Assurément, le Japon est un pays qui semble très en avance dans la recherche et le développement sur la robotique de pointe et ses applications sociales. La décroissance de la population, son vieillissement ou la perte de lien affectif dans des métropoles où l’on vit de plus-en-plus seul sont des arguments communément admis pour expliquer cette multiplication des robots dans l’archipel. Il existe néanmoins des causes plus culturelles. C’est pour discuter de ces sujets et de la spécificité de la trajectoire nippone que le professeur Ken Tomiyama – une sommité mondiale dans ce domaine, diplômé de l’Université de Californie à Los Angeles – a accepté de me recevoir dans son bureau, au dernier étage de l’institut technologique de Chiba – sans aucun doute le plus avancé du pays dans de nombreux domaines.

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18. Entretien – Être une artiste de la J-pop

Ippongi Bang, mangaka (dessinatrice de BD japonaise) et cosplayeuse – Tokyo

La culture pop participe grandement du rayonnement culturel du Japon, et connait un vif succès international, en particulier chez les jeunes. Elle possède même un nom : la J-pop. Au tournant des années 1990, de nombreuses émissions françaises l’ont popularisée : moins chers que les productions françaises ou européennes, plus abondants, les produits médias nippons inondent alors les écrans occidentaux : jeux vidéo, dessins animés, séries, boys bands, et, bien entendu, BD – les fameux mangas. Leur exportation n’a fait que se renforcer au cours des années 2000 et 2010, si bien que le nombre de dessinateurs – les mangaka – a fortement crû. La notoriété de certains n’a rien à envier aux réalisateurs de cinéma ou aux stars de la musique, en France en particulier où le manga représente le deuxième marché de la planète hors Japon après celui des USA.

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17. Entretien – Prendre soin des déshérités et des laissés-pour-compte du système japonais

Madame Yukiko ITOI, professeure en anthropologie à l’Université Kyoritsu Joshi et membre de l’association Kaze no bâdo – Kotobuki, Yokohama

 

Lorsque l’on arrive au Japon pour la première fois, il est d’abord très difficile d’entrer en contact, voire tout simplement d’apercevoir, la misère et la détresse humaine, tant l’environnement physique et social paraît propre et soigné. C’est ignorer qu’au Japon, quand un composant disjoncte ou qu’un élément ne fonctionne plus, on le cache sous le tapi de l’indifférence collective, ou derrière l’envers coupable d’un décor superficiellement consensuel. A Tokyo, le tapi de la honte se nomme San’ya, sorte de cours des miracles des temps modernes où les laissés-pour-compte du système végètent. A Yokohama, les déshérités habitent Kotobuki. Il ne s’agit pas, pourtant, de lointaines périphéries inaccessibles comme pourrait l’être une banlieue française « sensible ». Non, il s’agit de mouroirs sociaux dans les hyper-centres urbains, à quelques ruelles des principaux centres-commerciaux et des vitrines triomphantes des réussites métropolitaines.

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16. Entretien – Promouvoir l’internationalisation d’une région sinistrée : Miyagi-ken

Marica HONGO, jeune employée polyglotte à SenTIA, association d’accueil d’étrangers – Sendai, Miyagi-ken.

Le 11 mars 2011, les territoires du Nord-Est – le Tohoku – étaient touchés par le plus puissant séisme jamais enregistré au Japon, puis balayé par un tsunami d’une rare violence, tuant près de 25 000 personnes et ennoyant les systèmes d’alimentation de secours de la centrale nucléaire de Fukushima, dont le réacteur trois, entre autre, entra en fusion. Parmi les victimes, des habitants des périphéries résidentielles côtières de Sendai – métropole millionnaire à deux heures et demi de shinkansen de Tokyo et poumon économique de la région. Six ans plus tard, c’est là que je retrouve Marica HONGO, jeune femme dynamique de 29 ans, qui m’entraîne immédiatement dans le dédale des ruelles marchandes du centre-ville. Nous traversons quelques carrefours, pénétrons sous la verrière des allées couvertes, empruntons des routes de plus en plus étroites, jusqu’à nous engouffrer dans un passage souterrain quasi-invisible qui émerge, une cinquantaine de mètres plus loin, sur une petite cour intérieure d’un calme saisissant sur laquelle donne un café moderne logé en premier étage d’un bâtiment discret connu des seuls vrais habitants de la ville.

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15. Entretien – Être détenteur d’un savoir artisanal traditionnel : fabriquer des shamisens

Atsuki FUJIMURA, Jeune artisan-apprenti dans un atelier de fabrique de shamisens  – Nippori, Tokyo.

A Tokyo, on oppose souvent la ville haute du plateau de Musashino, à l’ouest, traditionnellement celle de la noblesse enroulée en une spirale révérencieuse autour du palais de l’empereur, et la ville basse, dans la plaine de l’est, où s’entassaient les foules animées des commerçants, des artisans et du menu-peuple d’Edo. C’est à Nippori, haut-lieu de la ville basse justement, qu’Atsuki m’avait donné rendez-vous. Au sortir de la gare, on plonge dans l’entrelacs compliqué des cimetières urbains de Yanaka, on descend l’étroite rue marchande de Yanaka Ginza – à contre-sens d’un dense flot de touristes – puis on émerge près de Sendagi, entre des échoppes traditionnelles, des bistrots discrets en vieux bois patiné, et deux-trois stands d’immondes bibelots made in China. Atsuki m’attend, décontracté – jeune-homme absolument superbe d’assurance, de flegme et d’énergie, association de contraires subtile que rarement dégagent les Japonais de son âge – son instrument de musique dans le dos : un shamisen – sorte de « banjo » à trois cordes traditionnelle que l’on gratte, pour ne pas dire tape, avec un plectre, la plupart du temps en ivoire.

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14. Entretien – Être sur-insulaire dans un archipel morcelé

Kiyoshi Okuhara, Directeur d’un laboratoire salin – Aguni-shima, Okinawa.

La sur-insularité, dit Philippe Pelletier – géographe reconnu spécialiste du Japon –, c’est l’insularité au carré : c’est être l’île à la périphérie d’une île. Le Japon est constitué d’un bloc de quatre îles principales – dit Hondô – et de plusieurs milliers de petites îles secondaires – dites rettô – qui ont joué un rôle très important dans le rapport de l’archipel au reste du monde : espace tampon lors de la période de fermeture, espace de commerce, espace de piraterie, espace d’exil (volontaire ou forcé), espace sacré, espace tabou… Être sur-insulaire participe du rapport au monde et de l’histoire des Japonais.

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13. Entretien – Descendre d’un ancien royaume conquis par le Japon : les Ryukyu

Monsieur Nakazato, Professeur et directeur d’une école du soir – Naha, Okinawa.

 

Vus d’Europe, les Japonais apparaissent souvent comme un peuple homogène, avec leur culture, leur langue unique, étrange ou belle – c’est fonction des goûts – leur empereur, leur territoire étriqué s’étendant d’Hokkaido, proche de la Sibérie russe, à Okinawa, non loin de Taiwan. C’est sans compter sur le fait, historique, que ces territoires des franges extrêmes ont été conquis sur de vieux peuples autochtones et d’anciens royaumes : les Aïnu au Nord, le royaume des Ryukyu au Sud – actuellement dit archipel d’Okinawa.

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12. Entretien – Descendre des chrétiens cachés de Kyushu et des Goto

Madame Jitsuo, habitante de Fukuejima, dans l’archipel des Goto – département de Nagasaki

            Le Japon a alterné les périodes d’ouverture et de fermeture à l’étranger. Au moment où les Européens partaient à la conquête du monde, poussés par la recherche des épices et des richesses décrites dans le livre des merveilles de Marco Polo, les Japonais, d’abord très curieux de nos mœurs et réceptifs à nos religions, ont très vite fermé leurs frontières, comprenant le danger qui liait évangélisation de masse et subordination au pouvoir de l’Eglise – et donc à l’Occident. Ils ont alors, dans un grand mouvement, banni en 1612 les Européens, les jésuites, les Chinois, et interdit la religion chrétienne – la plupart du temps donnant lieu à des massacres, comme celui des vingt-six martyrs de Nagasaki. L’époque médiévale d’Edo se caractérise ainsi par une longue période de fermeture, à l’exception justement de Nagasaki qui tolérait, sur le minuscule ilot de Dejima, les seuls Hollandais. Les Japonais convertis, quant à eux, furent pourchassés. En 1865, près de deux cents ans plus tard, alors qu’on la croyait décimée et disparue, le père Petitjean redécouvre la communauté des chrétiens du Japon, qui s’était cachée tout ce temps dans le Kyushu et ses nombreuses îles, en particulier l’archipel des Goto.

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